Anselme textes

 

CHAPITRE XIX.

Mais si, grâce à votre éternité, vous avez été, vous êtes et vous serez, et si le passé est différent de l’avenir, le présent différent de l’avenir et du passé, comment votre éternité peut-elle subsister entière et une en tout temps?

Pour vous le passé existe-t-il encore et l’avenir existe-t-il déjà ? n’y a-t-il que le présent dans l’éternité ? Oui, Seigneur, on ne peut pas dire de vous que vous étiez hier ni que vous serez demain ; hier, aujourd’hui et demain, vous êtes toujours. On ne peut pas même dire que vous êtes hier, aujourd’hui et demain ; vous êtes, tout simplement. Hier, aujourd’hui et demain sont des époques comprises dans la durée ; mais vous, Seigneur, bien qu’il n’y ait pas un seul lieu dans l’univers, une seule époque dans le temps qui soient privés de votre présence, vous n’êtes point renfermé dans l’univers ni dans le temps ; vous êtes en dehors du monde et de la durée, car tout est en vous, rien ne vous contient et vous contenez toutes choses.

 

CHAPITRE XX.

Vous remplissez donc à la fois et vous embrassez tous les espaces et tous les temps ; vous êtes donc avant et après tout ce qui existe. Vous êtes avant tout ce qui existe, car c’est vous qui avez créé l’univers.

Mais comment êtes-vous après tout ce qui existe ? Comment pouvez-vous être après les créatures spirituelles dont l’existence n’aura point de fin ? Est-ce parce qu’elles ne sauraient exister sans vous, tandis que leur anéantissement n’ôterait rien à la plénitude de votre existence ? Ainsi peut s’expliquer en partie le mystère qui nous occupe.

Est-ce, en outre, parce que la pensée peut concevoir la fin de leur existence, tandis qu’elle ne saurait concevoir la fin de la vôtre ? Cette seconde explication est encore permise, car elle montre que les créatures spirituelles finissent, en quelque façon, tandis que vous ne finissez en aucune manière. Or l’être qui ne finit en aucune manière existe certainement après ceux qui finissent en quelque façon.

Peut-on dire aussi que votre existence dépasse toutes les existences éternelles, parce que votre éternité, ainsi que la leur, est toute entière présente pour vous, tandis que pour eux ce qui est à venir de leur éternité n’existe pas encore, de même que ce qui s’en est écoulé n’existe déjà plus ? Cette dernière explication n’a rien que de légitime, et il est vrai de dire que votre existence dépasse toujours celle des esprits immortels, puisque toutes les époques de l’éternité sont présentes pour vous, ou bien, en d’autres termes, que vous êtes pré-sent à toutes les époques de l’éternité, tandis que les créatures spirituelles n’existent plus dans le passé et n’existent pas encore dans l’avenir.

 

CHAPITRE XXI.

Cette éternité sans commencement et sans fin n’est-elle pas ce que l’Écriture appelle le siècle du siècle ou les siècles des siècles ? Toutes les divisions du temps fini sont contenues dans un siècle, et les siècles eux-mêmes sont les moments de votre éternité. Elle ne forme qu’un seul siècle à cause de son unité indivisible, et ce-pendant elle renferme un nombre infini de siècles à cause de sa durée illimitée. Et, bien que vous soyez si grand, ô mon Dieu, que votre immensité remplit et embrasse tous les espaces et tous les temps, votre substance est si simple, si indivisible, qu’il n’y a en vous ni parties, ni commencement, ni milieu, ni fin.

Proslogion

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