Condillac

« Ainsi il y a en quelque sorte deux moi dans chaque homme, le moi d’habitude et le moi de réflexion. C’est le premier qui touche, qui voit ; c’est lui qui dirige toutes les facultés animales. Son objet est de conduire le corps, de le garantir de tout accident, et de veiller continuellement à sa conservation. Le second, lui abandonnant tous ces détails, se porte à d’autres objets. Il s’occupe du soin d’ajouter à notre bonheur. Ses succès multiplient ses désirs, ses méprises les renouvellent avec plus de force : les obstacles sont autant d’aiguillons, la curiosité le meut sans cesse, l’industrie fait son caractère. Celui-là est tenu en action par les objets dont les impressions reproduisent dans l’âme les idées, les besoins et les désirs qui déterminent dans le corps les mouvements correspondants, nécessaires à la conservation de l’animal. Celui-ci est excité par toutes les choses qui, en nous donnant de la curiosité, nous portent à multiplier nos besoins. Mais, quoiqu’ils tendent chacun à un but particulier, ils agissent souvent ensemble. Lorsqu’un géomètre, par exemple, est fort occupé de la solution d’un problème, les objets continuent encore d’agir sur ses sens. Le moi d’habitude obéit donc à leurs impressions : c’est lui qui traverse Paris, qui évite les embarras, tandis que le moi de réflexion est tout entier à la solution qu’il cherche », Traité des animaux, II, chap. V, p. 164.

Un commentaire sur « Condillac »

  1. Cette distinction entre le « moi d’habitude » et le « moi de réflexion » me semble intéressante.

    Il me semble y avoir un lien entre le « moi d’habitude » et la notion de « sens pratique » chez BOURDIEU (1930-2002).
    Pour le « moi de réflexion », je ne vois pas, mais je ne suis que philosophe amateur.
    Peut-être que l’on peut y voir un écho à la notion d’intérêt des économistes libéraux, que l’on retrouve chez Adam SMITH (1723-1790) notamment.

    Le parallèle ou l’opposition entre les deux est intéressante; le lien avec la problématique du changement est possible.

    Le lien avec le jugement moral pourrait également être à faire, car le « sens » de la réflexion n’est pas précisé. Si l’on suppose une rationalité multidimensionnelle (Amartya SEN l’économiste et philosophe né en 1933, …), c’est d’innombrables liens que l’on peut construire entre ces deux notions d’habitude et de réflexion.

    Enseignant en Gestion, je suis intéressé par ce thème.

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